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brasserieromantique_dvdBrasserie Romantique (Brasserie Romantiek) est le premier long métrage de Joël Vanhoebrouck d’après un scénario de Jean-Claude van Rijckeghem et Pat Van Beirs. Un film qui tombe à point au cœur d’un hiver noir où les jours se perdent dans la solitude infinie des nuits glacées. Si Brasserie Romantique se veut un film de « St-Valentin » il outrepasse de manière assumée toute cette rhétorique des codes roses bonbons que l’industrie de la comédie romantique se plait à nous servir ad nauseam sur un lit de caramel au beurre salé. Vanhoebrouck détruit les codes, il les assassine. Le réalisateur aborde le thème de l’amour dans une vision quasi existentialiste, dans ce qu’elle a de plus viscéral, mais avant tout, dans ce qu’elle nous apporte de plus laid, comme une malédiction qui n’a d’égal que la cruauté des êtres humains et leur égoïsme exacerbé.

La Brasserie Romantique est un restaurant réputé qui détient une précieuse « toque » décernée par le guide « Gault & Millau ». Le restaurant, anciennement une brasserie de quartier a été reprise par Pascaline et Angelo, le frère et la sœur, à la suite du décès de leur père. Ils en ont fait un endroit respecté y consacrant presque les vingt dernières années de leur vie au prix d’une jolie abnégation de leurs rêves. L’action se déroule pratiquement en temps réel, le soir de la St-Valentin. Le restaurant affiche complet et le menu « romantique » exclusivement réservé aux gens en couple est dégoulinant de merveilleux clichés (tartare de saumon en forme de cœur, huîtres sauce au Champagne gratinées, framboises cerises de terre…) qui détonnent au cœur de l’ambiance grise, pluvieuse, froide et explosive que le réalisateur a su créer. Dès les premiers instants, la tension s’installe, nous savons que quelque chose va irrémédiablement éclater dans ce crescendo caricatural axé sur le désespoir humain. Pour exploser ça explosera. Les bons vins, le chocolat et les bons sentiments ne seront d’aucun secours face à la cruauté véritable de la vie.

Trêve de mièvrerie, ici, les personnages sont en quête d’eux-mêmes, de ce qui manque à leur existence. Manques pour lesquels les semblants d’amours inventés et les joutes de paraître ne peuvent jamais vraiment compenser. Les regrets, les désirs, tout ce qu’on remet toujours dans les mains des jours à venir, des années durant, en se disant que peut-être… Vanhoebrouck dessine de manière brute et rationnelle, sans aucune trame musicale, un mal d’exister, une philosophie de l’instinctif, de l’animal, du primitif, dans une orchestration relativement maîtrisée et plutôt bien sentie, malgré les longueurs et les nombreuses répétitions qui n’amènent pas toujours quelque chose au récit. On appréciera tout de même l’humour et l’irrévérence de ce huis clos culinaire « composé » à la manière d’un menu gastronomique. Au final, nous réalisons combien de malentendus peuvent être créés par de simples prises de vues différentes relativisant une même histoire comme les différents versants de la vie ou d’un même déni. Des Himalaya de souvenirs qu’on se construit pour éviter de faire face à notre propre musique. Des mots prononcés trop mal ou simplement trop tard. Noir, cinglant.

À déconseiller à ceux qui croient que l’amour véritable se cache dans le fond d’une boîte de chocolat Laura Secord achetée à rabais (par obligation) à la pharmacie au coin de la rue ou dans un soutien gorge en fourrure rouge choisi par la secrétaire de l’être soit disant aimé le soir de la St-Valentin. À voir pour tous ceux qui ont envie de découvrir le cinéma sans prétention d’un réalisateur prometteur qui semble comprendre l’intrinsèque de ce que devrait être le cinéma dans son absolu.

Brasserie Romantique prend l’affiche au Québec le 6 février

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le vendredi 6 février 2015 à 19:27 et est classé dans Analyse, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



Un commentaire



    jean claude martini

    dit (20 février 2015 à 5:13):

    jean claude martini

    Le blogue DVD – DVDenfrancais.com » Archive du blog » Brasserie Romantique / Trash ta St-Valentin

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