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godard_dvdLong métrage d’Éric Morin, La chasse au Godard d’Abbittibbi est un OVNI cinématographique qui débarque dans nos vies comme une bouffée d’air cinématographiquement rafraîchissante. Du cinéma, qui vient nous rappeler subtilement à coups de paysages de dormance et de réflexions spontanées ce que devrait être le cinéma, tant au point de vue stylistique que dans la recherche de sens et dans la construction des idées et du langage. Sublime, intrigant, exalté.

Cette belle bibitte, nous fait voyager entre la nouvelle vague, nostalgie des belles années, et des cinémas d’auteurs d’hier et d’aujourd’hui. Le clivage est dans le ton et la musique. Mais le discours social demeure le même. Comme une démonstration ludique illustrant l’idée que malgré les nouvelles technologies, l’être humain a conservé la même essence, pour le meilleur et pour le pire…

À la fin des années 60, le grand cinéaste Jean-Luc Godard fut de passage au cœur de l’Abitibi. Ce fait « d’Hiver » est pourtant une clé importante de l’histoire de la cinématographie, comme un passage où des échanges inespérés ont pu s’opérer permettant, comme dans une tradition d’oralité de faire voyager des idées nouvelles d’un océan à l’autre. D’une conception de l’exotisme à une autre.

Marie (sublime Sophie Desmarais) rêve de grandes choses, de voyage, de monde, d’univers, et c’est dans sa propre ville que le changement va s’opérer. Par la magie de la vidéo, des rencontres et des idées qui se sont baladées entre l’Europe et le Québec. Années des grandes révolutions étudiantes ainsi que des prises de consciences des travailleurs exploités.

Paysages, paroles, images gravées sur la pellicule, reconstitution d’archives, de publicités comme un clin d’œil à l’intemporelle temporalité. Ce film « traite l’immatériel » pour reprendre les mots utilisés à l’intérieur même du film. Narré à la manière des classiques de L’abbé Maurice Proulx, La chasse au Godard d’Abbittibbi nous entraîne à la fois dans un univers totalement onirique et dessiné. (À la manière d’une bande dessinée). La surréalité de l’assemblage construit comme une suite juxtaposée valse pourtant avec l’hyperréalisme des discours politiques, sociaux, révolutionnaires. La trame sonore éclectique est un récit en elle-même, elle surprend et fait bourlinguer le récit jusqu’à nos jours. Droit au cœur.

« On manque d’âme » comme on manque de liberté, celle de penser, celle de filmer, celle d’être les acteurs de notre propre pays et celle d’intégrer le monde au monde. Au final, on termine le visionnement avec cette certitude que le cinéma contemporain est encore et toujours une diversité de langages qu’on oublie trop souvent d’explorer. La perfection des images prototypes nous a fait perdre l’idée que la beauté du monde se trouve aussi dans ses imperfections. Le cinéma comme la vidéo sont des outils merveilleux. « Le cinéma c’est comme un marteau, un outil que tout le monde devrait utiliser. » Un outil que tout le monde devrait avoir le bonheur d’explorer, parce qu’encore aujourd’hui, il frôle l’existentiel.

À la fois une quête identitaire et cinématographique. Une belle dose de bonheur, de réflexions. Un coup de poing filmique. À voir, à revoir, à « lire » à « relire », à écouter comme à réécouter. Parce qu’au final, les choses n’évoluent pas tant. La chasse au Godard d’Abbittibbi est un langage en soi.

Ce film est disponible en format DVD depuis le 2 septembre 2014.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le dimanche 14 septembre 2014 à 16:10 et est classé dans Cinéma Québécois. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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