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guillaumeRécipiendaire de 5 Césars (Meilleur film, meilleur premier film, meilleure adaptation, meilleur acteur et meilleur montage) lors de la cérémonie du 28 février dernier en France, Les garçons et Guillaume, à table! est une des sorties cinématographiques les plus attendues de ce côté-ci de l’Atlantique. Rarement une comédie s’est démarquée à ce point auprès des gens de l’industrie du cinéma français. Une victoire qui en a fait sourciller plus d’un alors que le film de Gallienne affrontait le succès chouchou des critiques, soit La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Guillaume Gallienne (sociétaire de la Comédie Française) réalise ici son premier long-métrage, une adaptation de sa pièce de théâtre du même nom, qui s’était également méritée de nombreux éloges en plus d’une une dizaine de prix prestigieux (dont 2 prix Molière) lors de différents événements et galas consacrés au théâtre.

À l’intérieur même du titre Les garçons et Guillaume, à table!, on retrouve une illustration assez efficace du ton que prend le film. Une approche à la fois ludique, directe et symbolique. Si le film est une comédie, c’est une comédie cruelle où des instants troublants, touchants et subtils se juxtaposent à des scènes à l’humour bancal, à la limite de la banalité, qui écorchent sans rien apporter de plus que le sentiment assumé de vouloir faire rire à tout prix. Il n’en demeure pas moins que dans son ensemble, l’adaptation de la pièce donne un film relativement robuste, une satire autobiographique relatant les difficultés que peut avoir un jeune homme à se définir dans la vie, alors que la quantité astronomique de préjugés sociaux tend à prédéfinir les cadres universels de la définition de ce que doit être un « homme ». Le véritable drame de Guillaume est de ne pas se retrouver dans ces critères, le condamnant dès son plus jeune âge à de multiples complexes et dilemmes tant idéologiques que moraux. Une réalité simpliste, où l’enfant aux habiletés motrices déficientes et n’ayant aucun intérêt pour les sports se retrouve relayé « tout de go » au rang d’homosexuel. Le « personnage » de Guillaume n’est pas sans rappeler celui de Claude dans la pièce Le Prénom d’Alexandre de La Patellière et de Matthieu Delaporte (un autre succès du théâtre français qui s’est vu adapter au cinéma). Des personnages qui se font mettre en boîte par des gens qu’ils aiment, ajoutant à l’insulte ainsi qu’à l’incompréhension primaire. La tragédie se crée au coeur de cette incessante répétition des mêmes idées qui, suivant une logique préfabriquée, finira par lui faire croire qu’il est l’image même de ce que les autres projettent de lui. En fait, la vérité des autres deviendra sa propre prison. Jusqu’au jour où…

Toute la richesse de ce long-métrage se retrouve dans le jeu de Guillaume Callienne qui joue son propre rôle ainsi que celui de sa mère. Un jeu tout en nuances, en éclats d’ocres, en fragrance de lavande, bercé par la mélodie de «Vous les femmes» de Julio Iglesias, le tout dans un décor de palais viennois avec Sissi en robe de bal comme ultime symbiose. Dans l’ensemble, ce film est charmant. L’oeuvre assume pleinement son appartenance au théâtre en y greffant des passages où le spectateur se retrouve directement sur la scène aux côtés de l’acteur qui, avec douceur, interprète son propre rôle, celui de l’acteur interprétant son propre rôle… Les répliques sont fortes, surtout celles lancées à tout hasard par le personnage de sa mère qui sort fréquemment de nulle part afin de venir commenter sa vie au nom de son subconscient. Cette petite voix dans sa tête, c’est toujours celle de sa mère, celle à qui il voue un culte sans fin, son héroïne, son miroir, mais aussi, son pire cauchemar, celle à qui il tente de ressembler dans le but de correspondre en tout point à l’image qu’on a de lui. Au cœur de la bourgeoisie française, Les garçons et Guillaume, à table!, est l’histoire d’un Don Quichotte qui s’est longtemps battu contre les moulins à vent de la normalité et du désir social d’imposer deux vérités : celle des hommes et celle des femmes. À travers un éventail de personnages féminins et masculins très colorés, correspondants à toutes les couleuvres de styles qu’on essaie de nous faire avaler, Guillaume finira néanmoins par trouver sa propre vérité. Si on ne ressort pas de l’expérience cinématographique avec le sentiment d’avoir assisté à un grand film, on en ressort, heureux, satisfait, avec en tête un besoin insaisissable de vouloir redéfinir les lignes sa propre existence. Au final, malgré ses imperfections, le film de Gallienne est un petit bonheur sucré, et il serait bien triste de bouder notre plaisir.

Le film sort en salle à Montréal le 14 mars et partout au Québec le 21 mars.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le dimanche 16 mars 2014 à 12:43 et est classé dans Cinéma français. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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