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la-maison-du-pecheurAlain Chartrand est de retour avec une nouvelle missive «politico-historique» qui vogue sur le récif des berges de Percé. Cette fois-ci, il nous plonge au cœur de l’été 1969, alors que Bernard Lortie fait la connaissance des frères Paul et Jacques Rose et de Francis Simard fraîchement débarqué de Montréal. Ils ont alors loué La maison du pêcheur, une ancienne boîte à chanson à laquelle ils souhaitent redonner vie en la transformant en lieu de rassemblement et de sensibilisation pour les gens de la région. Cette rencontre sera décisive pour la suite de son monde. Conscientisé à la réalité des gens des régions, des pêcheurs et de toute l’exploitation des « nègres blancs d’Amérique » terme qu’il découvrira en plongeant dans la lecture de Pierre Vallières, il sentira le besoin de passer à l’action pour à son tour, espérer améliorer le monde. La suite est connue de tous (cellule Chénier, FLQ, crise d’Octobre…) mais ici, c’est au cœur de la prémisse que Chartrand nous permet de faire une escale en nous plongeant dans un fragment oublié (et essentiel) de notre histoire.

Ils rêvaient de changer le monde, ils rêvaient d’une société juste, égalitaire et libre. Une société où les êtres humains peuvent vivre dans une dignité partagée. Sauf qu’ils rêvaient à voix haute, qu’ils osaient danser et chanter, qu’ils osaient lire et écrire. Toutes des choses qui font du bruit et qui dérangent ceux qui préfèrent rester endormis. Ceux qui ont peur, ceux qui refusent de voir. On les traitera de sauvages, de « pouilleux » et de terroristes, et on sera prêt à utiliser toutes les violences autant physiques qu’étatiques pour les faire taire. Ils dérangent l’illusion de paix sociale qu’on aime s’inventer. Comme on l’a vu dernièrement lors du « printemps érable », alors que les jeunes retrouvaient le courage de se battre pour exister, ces jeunes engagés se sont retrouvés à devoir se défendre avant tout contre leurs semblables, ceux-là mêmes pour qui ils se battaient. La peur mène le monde et c’est ce qui nous frappe durant toute la durée de La maison du pêcheur. À quelques moments, mon cœur cessait de battre, conséquence d’une colère ordinaire qui ne me quitte jamais. Parce que depuis près de 50 ans que s’est-il réellement passé ? Et cette question qui se pose et s’impose : comment peut-on en arriver à ce qu’une majorité craint à ce point une minorité ?

Là où le bât blesse, c’est dans les flous volontaires qui subsistent entre la réalité et la fiction. Alors que la volonté première est de nous permettre de mieux saisir les réalités humaines d’une crise historique, la romance apportée en modifiant certains éléments de cette même histoire à des fins dramatiques peut laisser perplexe. D’autant plus paradoxal lorsque la motivation principale est celle d’informer, d’enseigner ou de conscientiser. Car non, Bernard Lortie n’était pas un fils de pêcheur floué comme l’intrigue nous le dessine. D’un autre côté, jusqu’à quel point est-ce véritablement important lorsqu’on est confronté à une réalité qui nous entoure de l’avoir vécu ? Il ne l’était pas certes, mais il en côtoyait au quotidien, certainement. Alors pourquoi cette romance ?

Beaucoup de questions qui turlupinent et qui peuvent faire de l’ombre à cette production qu’Alain Chartrand a choisi de nous offrir en noir et blanc. Ce dernier nous dit que ce choix esthétique avait pour volonté première d’empêcher la beauté et la couleur des paysages de distraire le spectateur, ça se défend ! Malgré tout on ne peut s’empêcher, tout au long de la projection, de rêver d’immensité et de vagues qui se fracassent, non seulement sur les rochers, mais sur le seuil de l’indifférence collective.

Malgré tout, le film amène le spectateur une fois de plus vers une réflexion sociale et offre une humanité nouvelle à des êtres humains que l’histoire médiatique aura transformés en monstres. On y sort de notre zone de confort en traçant une ligne presque invisible entre pacifisme et violence.

Au final, il semble plutôt impossible de sortir de la projection de ce film sans rêver de Gaspésie et d’infini. Le film La maison du pêcheur prend l’affiche au Québec le vendredi 13 septembre.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le vendredi 13 septembre 2013 à 15:23 et est classé dans Analyse, Cinéma Québécois. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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