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vicfloLe dernier film de Denis Côté, Vic + Flo ont vu un ours, nous transporte dans les derniers vestiges de l’humanité, dans les ultimes noirceurs et au cœur de cette finalité improbable où se côtoient ce qui existe d’immuable et d’animal (en fait de bestial) chez les êtres humains. Ici, les lignes sont floues entre espoir et cruauté et esquissent les fondements atypiques de ce long métrage poignant.

Alternant des séquences coups-de-poing qui se juxtaposent les unes aux autres comme une arythmie cardiaque, laissant le spectateur haletant et déconcerté à chaque instant (pour ne pas dire désaccordé), la construction de l’œuvre est découpée avec une précision quasi chirurgicale, et pourtant rien n’est purement glacial, il flotte des univers de nuances et d’espoirs qui éclatent et s’envolent comme des bulles de savon dans un ciel d’orage.

Vic + Flo, ce sont Victoria et Florence, deux ex-détenues, en processus de réinsertion. Elles sont encadrées et appuyées par Guillaume, l’agent de libération de Victoria. Le tracé est féminin, chargé de confiance, d’humanité et d’amour, pas le véritable amour, mais celui qui tente de combler les vides laissés par le véritable amour, celui qui apaise, étreint, qui prend sans véritablement donner en retour. Ce sont les inévitables ombres du passé qui viendront obscurcir le portrait. Dans un monde où plusieurs croient au principe des deuxièmes chances, Côté construit un univers où tous n’y auront pas droit, et c’est peut-être là que se joue le véritable tragique de la proposition.

Denis Côté a parlé du phénomène de l’absence de « véritables méchants dans le cinéma québécois » leur conférant surtout un aspect fantomatique, caricatural où le bien finit trop souvent par conjurer le mal. Dans la mythologie du cinéma, il est vrai que ce sont très rarement les « méchants » qui s’en sortent. Vic + Flo ont vu un ours pourrait prendre ici la forme d’un conte exutoire de toutes les vengeances. Quelque part au fond de chacun, sommeille presque toujours des rêves de vengeances, souvent latents qui ne se manifesteront sans doute jamais dans le monde réel et qui se contenteront d’assouvir ces désirs sombres par la voie de fantasmes cruels et vagues. Au final, qui peut tracer une ligne parfaite entre ce qui est moral et immoral ?

La musicalité de l’œuvre de Côté est militaire, elle est d’iceberg, de miel et de métal rouillé. Elle est d’aiguës et de graves. Fidèle à son habitude, Denis Côté a su créer des personnages immenses, d’une puissance poétique, appuyés par une solide distribution. Si Pierrette Robitaille est tout simplement hallucinante et bouleversante dans son jeu imperturbable, valsant entre l’ombre et la lumière, les Romane Bohringer, Marc-André Grondin et Marie Brassard, nous livrent également des personnages solides, en équilibre sur le fil de l’incertitude, qui, par le mystère encré profondément en eux, contribuent à tout moment à alimenter le crescendo de la montée dramatique et le suspense de cet objet filmique lacérant. Ça respire l’absolu des grands espaces et ça coupe le souffle aussi, parfois… Ici, c’est le spectateur qui ne s’en sortira pas complètement indemne et c’est pour le mieux.

La femme, qui a vu la femme qui a vu la femme qui a vu l’ours…

Vic + Flo ont vu un ours prend l’affiche au Québec le 6 septembre.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le jeudi 5 septembre 2013 à 17:29 et est classé dans Analyse, Cinéma Québécois. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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