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En parlant de Perrault, Deleuze disait « Pris en flagrant délit de légender…» L’univers de Fred Pellerin légende la vie, celle des habitants de Saint-Élie-de-Caxton ou cette réalité des habitants des régions d’un point de vue plus universel… Si le raconteur sait raconter et « légender », gravant du même coup des mythes et des personnages dans les confins terreux de notre imaginaire collectif, le réalisateur s’interpose en venant y fixer des images « réelles » de fiction. Perrault « légendait » son cinéma à partir du réel, Picard et Pellerin, « légendent » l’inexistant, laissant notre propre imaginaire se dépatouiller avec certaines déceptions gravées à jamais sur la pellicule permanente de notre cinématographie.

Après Babine, un deuxième film, tiré de l’univers de Fred Pellerin, et également réalisé par Luc Picard, prend l’affiche cette semaine : Ésimésac. Si la folie poétique de l’auteur se déploie toujours aussi magiquement, dépouillée, lumineuse et engagée tout en se racontant par elle-même, elle vient sans ce petit scintillement que l’on retrouvait dans Babine et sans cet émerveillement des mots qui valsent ensembles lorsqu’on assiste aux spectacles de Fred Pellerin sur scène. Il manque un éclat, celui qui nous pousse très loin dans des réflexions féeriques, l’éclat des grands jours, l’éclat « obstineux » qui nous donne envie de croire en cette profondeur éternelle. Ici on ne quitte pas la surface des choses. Les personnages caricaturés dialoguent avec l’éphémère alors que la narration, déjà sublime et complète, suffirait à tout révéler du merveilleux. Pourtant, nous aurions tellement envie d’y rêver. De s’envoler cinématographiquement sur les ailes du fantastique et  du disjoncté pour danser avec les chimères.

Parce qu’on le veuille ou pas, on est d’ores et déjà attaché à ces personnages, à Toussaint et Jeannette Brodeur, à la sorcière, (pétillante Isabelle Richer) au très coloré Méo… Ils nous habitent déjà depuis longtemps, et coulent un peu dans notre sang, comme les mers voguent vers  les ruisseaux… Attaché et charmé par ce petit village aussi, village de cartes de Noël, de rêves et de possibles, à cet espace de contrastes, où l’ailleurs, loin de l’urbain, se permet tout simplement d’exister encore. On aime cette petite magie du quotidien qui nage en pleine misère économique, on aime le fait que les méchants ne soient pas que des méchants qu’ils rêvent et qu’ils marchent dans une direction semblable  et que les « gentils » possèdent tous leurs zones d’ombres (qu’ils possèdent ou non une ombre) et en ce sens, on évite beaucoup de clichés, rendant le tout unique et plus humain. Humain, parce qu’ici, on calcule la force d’un homme à la grandeur de son cœur.

Même si nous aurions souhaité un film plus fort, plus mature, plus grand, le plaisir d’Ésimésac réside toutefois dans notre capacité de le regarder avec notre regard d’enfant, pour laisser passer la lumière et se laisser bercer. Enfin, pour s’introduire discrètement dans le monde d’Ésimésac où les trains peuvent transporter tous les espoirs du monde et les pétales de fleurs toute la tristesse de l’amour et des «  il m’aime, un peu, beaucoup, à la folie… »  Bien sûr, Peut-être aussi (un peu) pour retrouver le plaisir de verser une petite larme à la fin, pour la beauté dans la simplicité de la direction photo, pour le voyage au pays du concevable. Parce que bien souvent, c’est dans l’inconcevable qu’on peut allumer des vérités et les faire miroiter de ce côté-ci de la vie. Dans le conte comme dans la vie, la force du nombre peut dessiner des printemps qu’ils soient d’érables ou de plumes. À voir, pour le rêve, pour l’univers de Fred qu’on retrouve toujours avec le sourire, à voir pour l’enfance et pour la légende.

« Pris en flagrant délit de légender » qu’il disait…

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le vendredi 30 novembre 2012 à 16:27 et est classé dans Cinéma Québécois, Mon Grain De Sel, Productions québécoises. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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