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David Cronenberg s’est attaqué à l’adaptation du roman Cosmopolis de Don DeLillo publié en 2003. Une œuvre qui, à sa sortie, avait fait couler beaucoup d’encre. Lors de la publication, ce livre avait été louangé voire vénéré pour la qualité caustique de ses dialogues. Du même coup, il avait été critiqué pour exactement les mêmes raisons.  On aime ou l’on réfute. Cosmopolis est un petit OVNI littéraire et cinématographique qui se joue avec un plaisir évident des codes du genre. Cronenberg a mis l’emphase sur la transposition des dialogues, traités avec une précision fidèle au roman, superposant le tout à un univers (voire un décor d’arrière-plan) qui s’apparente au fantastique.

La réalisation se distingue par une mise en scène des dialogues empruntée au théâtre. L’idée ne fait pas l’unanimité. Des plans fixes et des gros plans sur des personnages qui discutent se succèdent. C’est verbal, c’est chirurgical. Au final, c’est quelque chose de plutôt ludique et d’ingénieux qui en ressort. Mais qu’en est-il du récit ? Une critique du capitalisme ? Une prémonition de la chute d’un système annoncé ou déjà à deux pas du précipice ? Une fable ? Une métaphore ? En fait, c’est peut-être tout cela à la fois. Pour Eric Packer, vingt-huit ans, financier et multimilliardaire, son action consiste à vivre dans un futur, dans un univers parallèle qui ne pourra qu’exister… Ou se permuter en une réalité autre. Sa vie se résume à l’univers financier. Sa connaissance des êtres humains est totalement nulle, il n’a de contacts avec ceux-ci que lorsqu’ils peuvent collaborer à sa propre rentabilité. En dehors de ceci, ils lui sont inutiles. Il ne connaît de sa propre femme que le montant qui figure dans son compte de banque.

Alors que la ville de New York est paralysée par la visite du président et que des menaces d’assassinats fussent de toutes parts, Eric Parker n’a qu’une seule idée en tête, une coupe de cheveux à l’extrémité de la ville. Terré dans sa limousine, comme un bunker à l’abri du réel, il sera le témoin silencieux de l’effondrement de la ville à travers de nombreuses manifestations et contestations massives du capitalisme sauvage. La ville semble à feu et à sang, où s’esquissent  des violences évidentes. Tout New York est « occupy » et les rats morts se multiplient comme symbole ultime du déclin prophétique du néo-libéralisme. À mesure que les heures se consument, l’empire de Parker s’écroule à la vitesse grand V. Il sent son heure venue, mais poursuit son chemin jusqu’à sa destination, ultime. La mort devient certitude et les questionnements sur l’essence même de ses actions sur le monde se multiplient également.

Si on sort de la projection un tantinet mitigé quant à la réalisation, on ne peut pas demeurer indifférent sur les problématiques abordées. C’est cru, c’est violent, les mots sont plus violents que les morts. Cosmopolis est une œuvre froide, glacée, imperméable à toutes les émotions. Les dialogues sont distants et figés. Même le sexe et la nourriture empruntent les traits subtils de la déshumanisation. Seul le personnage charnellement interprété par la magnifique Juliette Binoche apporte une petite étincelle humaine et une touche de chaleur qui porte en elle l’espoir d’une sortie de crise. Comme s’il pouvait encore être possible de croire que l’espèce humaine peut parfois être menée par autre chose que le besoin de profit et de rendement.  Ça nous renvoie à notre propre miroir, comme une réflexion sur notre propre positionnement dans ce monde. Et en ce sens, Cosmopolis est essentiel. C’est esthétique, c’est plastique mais surtout, c’est dangereusement actuel. On aime ou pas.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le jeudi 7 juin 2012 à 17:53 et est classé dans Cinéma Américain, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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