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« Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. (…) Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civilisé… »

Aung San Suu Kyi

Avec La Dame, Luc Besson trace un clivage étonnant avec ses dernières productions afin de s’attaquer (le mot est à peine un euphémisme) à une femme plus grande que toute la haine du monde : Aung San Suu Kyi, poétiquement surnommée « l’orchidée de fer ». Elle est la fille et digne héritière d’Aung San, qui a entres autres, été président de la Ligue anti-fasciste pour la liberté du peuple. Après avoir libéré la Birmanie de l’occupation japonaise puis négocié l’indépendance de la Birmanie vis à vis de la Grande Bretagne, il est sauvagement assassiné avec six de ses ministres par la junte militaire lors d’un coup d’état redonnant alors tous les pouvoirs à la dictature. Il est devenu à la site de ceci,  un martyre et un symbole de liberté, d’indépendance et d’espoir pour le peuple Birman.  Ce sont ses combats pour la démocratie et la liberté du peuple birman qui inspireront sa fille  qui sacrifiera à son tour la majeure partie de sa vie (et sa famille) pour terminer cette lutte.

Le film de Besson se veut le témoignage d’une réalité historique, toujours en équilibre car il aura fallu attendre jusqu’en 2012 pour qu’ Aung San Suu Kyi, puisse officiellement siéger au parlement de la Birmanie après des années d’emprisonnement et de réclusion. La Dame, est avant tout une immense ode au courage et à l’espoir. Ce film est la preuve que les réalités sociales et politiques de tous les pays s’inscrivent dans une continuité historique et que la paix et la démocratie ne sont jamais des acquis définitifs. La démocratie et la justice se maintiennent à la condition de demeurer vigilants à tous les jours en tant que société et les régimes totalitaires et répressifs sont toujours beaucoup plus près qu’on voudrait bien le croire. Toujours à un pas d’y replonger. C’est avec une sensibilité guidée par un regard poétique sur des fragments d’histoires choisis que le réalisateur esquisse, plan par plan, les massacres sanguinolents de ce peuple bercé par l’espérance.

Impossible de ne pas rester indifférent alors que l’on voit la junte militaire mitrailler avec une rage et une gratuité effrayante tous les étudiants qui osent sortir dans les rues. De tout temps, les jeunes instruits (par ce fait les futurs intellectuels qui auront la possibilité d’instruire la population) ont constitué la pire de toutes les menaces pour les états qui  voulaient sauvagement dominer sans restriction  les populations. Interdire tout rassemblement dans les rues pour empêcher les idées de se propager, isoler pour mieux régner et créer un climat de peur sont les principes de base de tout régime répressif. Nous sommes ici dans les années 80, avant la multiplication des moyens de communication et de l’Internet. Toutefois le courage et l’imagination des dissidents permettaient tout de même de créer des rassemblements de plus d’un million de personnes dans les rues.

Tout au long de ses 2h15, La Dame nous glace le sang de réalités difficilement imaginables, de prises de conscience, de questionnements et de problématiques sans équivoques. La réalisation est sensible, maîtrisée comme Besson peut le faire, et empreinte d’une fragilité qui peut déranger comme une fleur blanche dans les cheveux de l’indifférence. Intercalée de paysages d’une beauté à faire rêver, on assiste à une production qualifiable de devoir de mémoire, de devoir de colère tout en étant un hymne magnifique à une femme indomptable qui a tout sacrifié par sentiment de nécessité envers le peuple qui l’a vu naître afin de terminer le travail colossal de paix qui avait été entrepris par son père au sacrifice de sa vie. La beauté de l’enseignement est que le peuple Birman aura réussi à se soulever sans jamais succomber à l’utilisation de la violence, arme de prédilection de toutes les dictatures. Les Nations Unies lui ont d’ailleurs décerné le prix Nobel de la Paix en 1991 alors qu’elle était détenue (assignation à résidence forcée) depuis 3 ans, grâce au travail acharné de son mari, Michael Vaillancourt Aris un britannique et professeur spécialisé en études tibétaines et du soutient de la communauté internationale. Le but était de faire pression sur le pays afin de faire bouger les choses dans le processus d’accession à la démocratie du pays après que les élections de 1990, remportées majoritairement par Aung San Suu Kyi, soient annulées par la junte.

« Lors de son premier test électoral, en avril 2012, la LND remporte 40 des 45 circonscriptions en jeu lors d’élections partielles. Aung San Suu Kyi elle-même est élue dans la circonscription rurale de Kawhmu, au sud de Rangoon.Pour la première fois de sa carrière politique, l’opposante Aung San Suu Kyi siégera à la chambre basse du Parlement birman. Elle pourrait désormais viser la présidence du pays, en 2015. » 1

L’interprétation de Michelle Yeoh toute en nuance, (et en beauté) est d’une sublime sensibilité, les ressemblances avec la véritable Aung San Suu Kyi sont presque troublantes. Un film à voir avant tout  pour découvrir la force sans nom de cette femme (ainsi que du peuple birman uni) qui a su changer une parcelle du monde. Également  pour se laisser bercer tant par l’histoire que les paysages Birmans, (bien que le film ai été tourné en Thaïlande) et bien entendu, pour retrouver le courage de se tenir debout devant l’ennemi peu importe le visage qu’il puisse prendre. Les véritables héros voient trop souvent leur reflet au fond d’une marre de sang versé par leurs semblables, alors que l’espoir se trouve toujours dans le collectivisme. Leçon de vie. Rien n’est acquis. Simple fragilité.  Devoir de mémoire je disais…. ?

 

Marie-France Latreille

1) Source Radio-Canada.ca

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Cet article a été publié le mercredi 9 mai 2012 à 18:04 et est classé dans Hommage. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



Un commentaire



    Marc

    dit (11 mai 2012 à 4:45):

    Votre blog est une excellente source d’information sur Birmanie climat. Je n’avais encore rien lu de pareil. Merci, Marc !

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