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« L’espérance dure longtemps tant qu’on y croit : c’est une déesse trompeuse, mais bien utile.»

Ovide (Extrait de L’Art d’aimer)

Emmanuel Mouret multiplie les opus qui portent de plus en plus le sceau d’une signature singulière et poétique. C’est en se créant une version toute personnelle de l’Art d’aimer d’Ovide que le réalisateur d’Un baiser s’il vous plait, de Changement d’adresse et de Vénus et Fleur récidive et confirme ici son obsession des thématiques humaines les plus simples et les plus taboues à la fois. L’amour, l’amitié, la fidélité et un sublime amalgame de tout ça à la fois, se proposent et s’entremêlent dans une série de tableaux habilement construits, où s’esquissent toutes ses réflexions sur « l’art d’aimer », l’art de nier et l’art de tromper. Amitiés en trompe l’oeil et amours en faux finis.

La question fondamentale de l’oeuvre de Mouret est toujours la même : Est ce que les êtres humains possèdent en eux-même la force d’admettre leurs différents désirs et dans un même ordre d’idée, pourquoi doivent-ils lutter sans cesse pour faire semblant, nier ou feindre que l’impossible puisse parfois devenir le ou les seuls possibles acceptables. Ici, si l’amitié mène souvent à l’amour, c’est la liberté qui mène à la fidélité. On aime le cinéma de Mouret parce qu’il confronte le spectateur à ses propres idées, à ses propres limites ainsi qu’à ses propres idéaux. Dans un univers quotidien où la sexualité se surexpose voire « s’überexpose » le dernier tabou de « l’Homme » reste encore la réalité des sentiments humains. Parce que d’avouer ses sentiments rend les humains plus faibles et vulnérables. Ce dernier film de Mouret est un voyage au cœur de l’univers des sentiments avoués, quand les peurs s’envolent et que la complexité des êtres humains tend à transformer le plaisir simple d’être amoureux et complice en un fil de fer instable ou l’on marche en équilibre. Toujours à cheval entre la simplicité du vide et le bonheur. La recherche constante des indices qui pourraient « peut-être » créer des « peut-être »… L’infidélité ou le désir de ne sont pas en soi les symptômes concrets traduisant un amour consumé? Avons nous envie de tromper celui ou celle qu’on aime sincèrement? Est-ce que la séduction peut devenir une fin en elle même?

L’Art d’aimer bénéficie d’une réalisation épurée, d’une efficacité colorée et musicale qui se souhaite sans prétention. Toutes les pièces de la construction du scénario semblent planer sur les pages d’une partition de musique bien ficelée, où les notes, teintés d’un humour subtil, transportent le spectateur à travers une gamme d’émotion et de mélodies intérieurs. Les personnages attachants et détachés reposent sur une distribution imposante et merveilleuse : Julie Depardieux, Judith Godrèche, François Cluzet, Ariane Ascaride, Laurent Stocker pour ne nommer que ceux-ci… C’est à travers le jeu harmonieux et tout en nuances des acteurs, qu’on ressent bien le degré de maturité au niveau de la réalisation qui ne cesse de se confirmer de film en film. Mouret est un grand auteur. Il y a quelque chose de très Rohmerien au niveau de la finesse des dialogues qui frôlent parfois l’absurdité tant ils semblent réalistes. L’être humain étant ce qu’il est, il a for à parier que Mouret ne manquera pas d’inspiration pour ses deux cent prochains longs métrages s’il continu de suivre le fil vampirique de ses obsessions.

La « tragédie rose » occupe une place importante dans le cinéma français d’auteur depuis quelques années, traduisant peut-être un grand questionnement sur la réalité des couples « nouveaux » qu’on a froidement construit (ou inventé) au cours des trente dernières années et les films d’Emmanuel Mouret en sont des exemples des plus pertinents. Ébauche d’une vague nouvelle qui souffle sur le réel comme un besoin collectif de se questionner sur les fondements aléatoires de l’essentiel. La fusion entre le plaisir simple de ramener le médium cinéma au premier plan et la compréhension radicale du septième Art, dessine une alcôve isolée, où sous les faux airs de la légèreté, se lient et se délient comme des trélingages à plusieurs issus, des destins qu’on ose défier. Le tout, servi avec une précision filmique quasi chirurgicale et une esthétique ludique et fascinante.

À voir pour l’insoutenable légèreté de l’être et pour réfléchir à l’éventualité d’oser. À voir pour le charme discret et solide du cinéma de Mouret et pour se rendre compte qu’il n’est jamais trop tard pour se donner le droit d’aimer dans ce tourbillon éphémère qu’est la vie. Si aimer est un art, qu’on l’expose enfin.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le mercredi 1 février 2012 à 19:12 et est classé dans Cinéma français, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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