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Premier long métrage du réalisateur Sébastien Pilote, Le vendeur, est un film d’une froide intensité qui, paradoxalement,  séduit grâce à une humanité désarmante. Marcel Lévesque (bouleversant Gilbert Sicotte) vit sa vie au jour le jour, hanté par le souci unique de vendre des voitures. Vendeur du mois depuis des décennies au sein d’un petit concessionnaire en région, il perfectionne ses techniques de vente, ambitionne et s’ambitionne. Sa vie se résume en trois choses : son boulot, sa fille Maryse et son petit-fils Antoine, avec lesquels il a su créer la plus belle des relations familiales. On se faufile dans le récit et dans le quotidien à coups de réalisme tributaire d’une intériorité bien emmitouflée dans un hiver universel.

Des pas dans la neige qui tracent une route blanche et qui dessinent les traces d’un passage sur le bitume absent le temps d’une saison.  Le craquement bien senti de chacun de ses pas qui font grincer des dents, ces voitures toutes plus blanches et glacées les unes que les autres… Et cette chaleur, humaine et sincère, qui se faufile dans le brouillard et la poudrerie. L’hiver québécois, ce sont tous les hivers du monde et ce sont tous les deuils qui se perdent dans le bruit assourdi des tracteurs qui s’éteignent à jamais dans le silence et la  résilience.

Le vendeur semble reposer sur l’allégorie du Maria Chapdelaine de Louis Hémon. L’un comme l’autre transcendent le régionalisme pour tendre vers le sentiment global. Sébastien Pilote réussit toutefois à outrepasser le pessimisme latent de Maria Chapdelaine en l’incarnant au travers d’un seul personnage, celui  de François Paradis, dans un clin d’œil à peine dissimulé. Le François Paradis de Pilote, (comparativement à celui d’Hémon) est comme ces travailleurs exploités qui vivent la misère dans un contexte de fermeture d’usine. C’est l’infortune face auxquelles sont sans cesse confrontées les  régions, ici comme chez Hémon, le Saguenay Lac St-Jean. Il y a également à travers les méandres de ce personnage à demi passif, toute une métaphore d’une société en perdition qui ne trouve plus le courage de se battre pour survivre, pour résister. Une société qui choisit de subir afin éviter de prendre des risques qui pourraient éventuellement modifier le cours de l’histoire. « Le confort et l’indifférence »… C’est le règne de la passivité et l’espoir que les autres prendront les risques à notre place. C’est le Québec de 1916 et celui de 2011. C’est cent ans (presque) d’hiver et de survie. Par contre, malgré la descente aux enfers, François Paradis croisera sur son chemin une porte ouverte vers d’autres possibles.

Quand un homme perd tout ce qu’il aime, quand un homme se retrouve confronté à la pire des injustices, que lui reste-t-il ? L’homme sans homme, c’est le vendeur. C’est la version sans âme de l’homme. C’est la vie sans sursis, c’est celle que l’on traverse au quotidien en vivant avec l’illusion impossible que celui ou ceux que nous avons aimés nous reviendront. En outre, c’est l’attente vaine qui traverse les jours de ceux qui n’ont plus rien à attendre ou plus rien à perdre. Plus rien n’arrive, mais plus rien ne meurt.

La réalisation de Sébastien Pilote est à l’image de l’hiver : blanche, assourdissante et grinçante. En un sens, elle frôle un certain absolu. La maîtrise des images, des sentiments forts et une solidité sincère dans la ligne directrice créent une première œuvre des plus senties et des plus cohérentes, voire achevées. Le spectateur ne peut que se laisser conduire tout en étant continuellement déstabilisé. Le tout est parfaitement bien appuyé par une trame sonore inspirée, œuvre de Pierre Lapointe et de son complice Philippe Brault.

Le vendeur est un film tout en humanité, tout en profondeur qui sait entraîner l’être humain au cœur même de l’humain. Tant qu’il y aura des cinéastes comme Sébastien Pilote, le cinéma québécois saura se démarquer brillamment parmi les cinématographies mondiales et se distinguer en offrant du cinéma de qualité dans une classe à part. Le cœur est un hiver sans nom qui ne fait que passer, puis revenir encore et encore à chaque saison. L’expectative outrepasse le désir profond de sombrer au cœur même de la lassitude. Et le cinéma témoigne de manière quasi surréaliste du réalisme incongru qu’est simplement la vie…

Coup de cœur droit au cœur…

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le jeudi 24 novembre 2011 à 18:54 et est classé dans Cinéma Québécois, Engagement social, Mon Grain De Sel, Non classé, Productions québécoises. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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