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Nous l’attendions depuis un bon moment, le dernier film de Jean-Marc Vallée est maintenant en salle depuis le 23 septembre, pour note plus grand bonheur. Vous savez, ce petit quelque chose qui nous échappe qu’on ne peut pas nommer mais qui nous émerveille, nous fascine et nous trouble à la fois? Et bien, Café de Flore en est un hymne. Une explosion de sentiments troublants et contradictoires qui font en sorte que, plusieurs heures après avoir quitté la salle de cinéma, mon corps en est encore totalement habité. Jean-Marc Vallée sait comme personne, rendre possible l’impossible et arrive à tracer le parcours de l’improbable avec de la lumière cinématographique. Il dessine des espaces stratégiques et fidèles à un parcours déjà truffé de réussites, qui savent évoluer à travers chacun de ces films. Tout comme on peut percevoir le plaisir quasi sadique qu’il peut avoir eu à leur donner à chacun une vie qui leur soit propre sans toutefois dévier de sa trajectoire.

Café de Flore est un laboratoire de l’amour. Des amours. De ceux qu’on choisit, de ceux qui nous échappent, de ceux qui nous happent sans qu’on comprenne vraiment ce qui nous arrive, des amours danger, des amours en équilibre, des amours fusionnels, passionnels, interdits, filiales et croisés. C’est aussi l’hosanna solennelle des amours qui ont le droit d’exister, de ceux qu’on a le courage de vivre enfin. Comme un oiseau sauvage qu’on accepte de laisser entrer chez soi. De l’envol, des envols et de la liberté folle et insoumise qu’elle nous permet d’apprivoiser avec tous les risques et les peurs que cela peut occasionner. Les métaphores sont nombreuse et on flirte continuellement avec cette envie folle du désir de l’autre, du désir d’aimer et du désir d’exister, dans un temps comme dans l’autre, sur une pochette d’album vinyle ou encore sur une photo de touristes.

Alternant entre deux histoires et une même réalité, la réalisation transcende les clichés pour se contenter de témoigner de la réalité des différents personnages. Nous devenons témoins de ce qu’ils ressentent et des destins auxquels ils ne peuvent échapper. Le montage anti-chronologique est d’une très grande efficacité et d’une belle sensibilité. Vallée est un chef d’orchestre qui arrive a fusionner toutes ces réalités pour en faire une seule et unique. Tout s’amalgame dans un très grand poème. C’est dichotomique, mais l’amour inconditionnel de la musique qu’a Vallée, fait en sorte que celle-ci vient servir de liant à une ébauche déjà magnifiée. La musique désaccorde, la musique se fait souvenir (elle subalterne et devient héroïne, telle une drogue puissante qui nous ramène sans cesse à ces souvenirs de l’autre…) La musique nous replonge avec bonheur dans la « folie de C.R.A.Z.Y». Et cette intersexualité des univers, devient à la fois une signature et une recherche stylistique essentiellement subtile, mais qui fonctionne parfaitement.

On s’y perd, on s’y retrouve (à l’image de la vie). On y voyage. D’un Paris gris, ancien et terne qui se chante et qui se désenchante, nous ramenant au Café de Flore sartien, jusqu’au Québec urbain et bourgeois en passant par le Londres Underground et « sur réelle ». Tout y est opposé, tout se superpose et se juxtapose dans un même souffle. Vanessa Paradis transperce l’écran, tout en subtilité et en humanité. Un rôle intense qui lui colle à merveille, non pas sans rappeler le personnage qu’elle interprétait dans le brillant film, La fille sur le pont de Patrice Leconte. Kevin Parent surprend. Il est. Il passe le test. Le pari était peut-être audacieux mais le résultat confirme que l’audace en valait le risque. J’ai particulièrement aimé le jeu d’Hélène Florent qu’on a entièrement transformé et qui lui permet enfin, par la métamorphose et l’anti-casting, de s’épanouir dans une nouvelle diversité de rôles. C’est d’ailleurs une grande qualité du film cette brochette hétéroclite d’acteurs, qui dans un hasardeux mariage viennent créer un unique intangible et intelligent.

Destins croisés, temporalités partagées et ivresses des premières fois. Café de Flore plonge le spectateur au cœur de l’expérimentation, des risques et des erreurs. C’est parfois trop long, parfois trop répétitif, mais au final, l’effort bien léché et bien ressenti ficelle le tout. En tant que spectateur, on a l’impression de pénétrer dans l’épicentre du cœur et de la tête du réalisateur, comme un voyeur, comme un voyageur aux confins du personnel. C’est sans doute ce qui déstabilise autant. C’est à couper le souffle, c’est évolutif, mais c’est sans contredit un très grand film. Avec ce dernier opus, Jean-Marc Vallée se distance vraiment du peloton, et se lance dans une surprenante et merveilleuse échappée. Le cinéma québécois à la chance d’avoir un réalisateur d’exception, un homme sensible qui parvient à surprendre et à amener ailleurs le cinéma d’ici. Il le fait un peu plus à chaque fois toujours avec la même musique passionnelle. Parce qu’il sait tout simplement oser.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le dimanche 25 septembre 2011 à 15:47 et est classé dans Cinéma & Musique, Cinéma Québécois, Mon Grain De Sel, Productions québécoises. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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