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Dernier film d’André Forcier depuis son merveilleux Je me souviens en 2009, Coteau Rouge s’esquisse sur la scène cinématographique québécoise comme une nouvelle bibite anticonformiste qui vient nous rappeler qu’il y a encore de la place pour le cinéma d’auteur au Québec, et que c’est toujours un plaisir de voir apparaitre sur nos écrans un nouveau film d’André Forcier. Si le rôle des auteurs au cinéma est de nous surprendre au détour et de susciter de nouvelles réflexions tant filmiques que sociales, on peut dire que Forcier mise dans le mille ici. On aime le cinéma d’essai et d’erreur, on le vit on le ressent, on le haït, et on l’aime d’amour. On aime la recherche, on aime les tentatives est les bévues et ici le film se trace des chemins sinueux entres bons coups et tentatives honorables. Toujours en se moquant de cette vague de cinéma commercial et grand public qui sévit malheureusement au Québec.

En fait, on aime le cinéma de Forcier ou on l’aime moins. Encore une fois, l’univers de ce récit est encré en plein délire psychosociale, entre le réel et l’intangible imaginaire du réalisateur. Certains diront que ce nouvel opus a pour point de départ la vie de banlieue, la vie Longueuilloise dans tout ce qu’elle a de cliché. Mais en réalité, il s’agit d’un film sur la famille voire d’un hymne à la famille. À cette famille unit contre vents et marrées, à cette famille qui se tient et qui trouve dans le « choeur » même de la famille, le courage d’avancer dans les tornades passagères qui traversent les générations, soudées à coups de légendes et d’histoires. Ici la famille se chante, avec cœur et s’invente des repères improbables, se débarrassant de cadavres en les offrant à une mère, une grand mère esturgeon.

Coteau Rouge est un tango brut. La beauté de la réalisation, la qualité des images, la finesse de la recherche visuelle, d’une justesse souvent désarmante, nous font oublier qu’il y a, ici et là, certains faux pas qui sont commis. Le tango se brise par moment, faisant glisser le spectateur dans un néant momentané, cassant le rythme et fracassant quelques fois la magie initiale qui aurait fait de ce film un très grand film. Mais quiconque sera passer outre, et se laisser happer  par  la  douce folie assumée de l’histoire prendra plaisir à s’y laisser entraîner. Qui d’autre que Forcier pourrait de main de maître réussir à introduire le Tango des fauvettes à la bande sonore d’un film de manière aussi brillante. On aime renouer avec cette mélodie, car elle sait, en elle-même, être l’unificatrice des différentes générations. En fait, toute la trame musicale de Coteau Rouge fait office de commentaires supplémentaires sur le film apportant à chaque fois une petite pointe de nostalgie musicale.

Le plaisir de découvrir ces personnages très colorés et caricaturaux est un petit plaisir coupable, mais, sans trop savoir pourquoi, on s’y attache. De cette belle et mystérieuse Estelle en mythique Marilyn jusqu’à cette douce et intrigante Mimi en grand-mère porteuse sans oublier le très coloré personnage campé élégamment par Paolo Noël fière de sa belle et grande famille quasi fonctionnelle. Ici, le bonheur réside dans un sandwich aux tomates et dans une  (ou deux) bouteilles de vin maison partagé en famille. C‘est ce qui rend le tout juste assez merveilleux pour qu’on ai envie d’y croire. En réalité, ce qui fait que la vie peut être aussi belle parfois, est justement le fait que nous sommes vivant, bien en vie.

Certes, le cinéma de Forcier n’est pas un cinéma grand public. Il séduit à coup de pelles, de tondeuses écologiques, se moquant de la facilité avec laquelle on peut manipuler les riches bourgeois de la banlieue. Mais, il y glisse également des effluves de draps fraichement séchés sur une corde à linge, aux aromates floraux et aux parfums nostalgiques des souvenirs d’enfances. Preuve absolue que dans la vie, l’union fait la force contre toutes les idées qu’on croit trop fortes pour vouloir s’y opposer. Coteau Rouge est un film sur l’amour, l’amour qui frappe, celui qu’on a le courage de vivre au grand jour pour simplement exister autrement. C’est brutal, mais ça suscite des réflexions.

À voir si on aime l’univers dérangeant de Forcier.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le jeudi 15 septembre 2011 à 19:37 et est classé dans Cinéma Québécois, Engagement social, Mon Grain De Sel, Non classé, Productions québécoises, Trame Sonore. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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