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Deux films, deux fables, deux univers distincts, voire diamétralement opposés mais pourtant, un environnement empreint de similitudes. On se retrouve happé par différentes réalités, par différentes temporalités, mais à la base, un seul décor : Paris! Paris la magnifique, l’ensorceleuse, l’infidèle, la surprenante. On la cadre chaque fois de manière différente mais toujours amoureusement, on ne la perçoit jamais tout à fait de de la même manière mais elle persiste à être elle-même. Chez Le Guay, elle se veut refuge, rassurante, petite et merveilleuse, alors que chez Allen elle devient carrément personnage, héroïne plus grande que nature et magnifiée.

Les femmes du 6e étage de Philippe Le Guay, est un pur plaisir cinématographique, un petit moment de bonheur hors du monde. Ici on se retrouve dans le Paris des années 60, dans le milieu de la petite bourgeoisie. Paris est tristounet, mais il révèle un petit coin du monde, isolé et ocre où se croisent valeurs traditionnelles françaises et espagnoles. Fabrice Luchini retrouve une fois de plus (pour notre plus grand plaisir) le rôle du bourgeois capitaliste avec ce savoureux personnage de Jean-Louis. Cette fois-ci, il va réapprendre le véritable sens de la vie au contact des bonnes espagnoles qui résident dans des chambres minuscules et sans commodités au 6e étage de son édifice. En fait, c’est une rencontre avec le réel qui va se faire, une confrontation entre la vraie vie et celle toute enfilée d’illusions et de faux-semblants qu’est sa propre vie et ce, depuis toujours. Une histoire simple, des dialogues brillants et efficaces et un humour intelligent. Il n’en faut pas plus pour faire de cet opus cinématographique un petit havre de délectation et de ravissement sans prétention.

Fidèle à son habitude, Woody Allen avec Minuit à Paris (Midnight in Paris) ancre son récit dans une dimension tout à fait personnelle. Paris est ici la mère de tous les fantasmes, une toile blanche où se tracent tous les possibles. On retrouve dans chaque plan tout l’amour que le réalisateur porte à la Ville Lumière. Minuit à Paris est une immense valse entre la ville d’aujourd’hui, celle des années vingt ainsi que celle de l’âge d’or. Ludique, foisonnante, tragique et merveilleuse, elle nous enivre d’effluves de charleston, de fêtes foraines, de musées, de réflexions philosophiques comme seul Allen peut le faire. Paris nous parle d’amour, nous fait voir la vie en rose, mais avant tout nous permet de prendre le temps de s’arrêter pour réfléchir, pour faire le pont entre le passé et le présent. D’où venons nous? Était-ce mieux avant? Et avant quoi? Mais dans les faits, est-ce que c’était vraiment différent ou mieux? Gil (Owen Wilson dans une incarnation woodyallienne fantastique et presque troublante) est un scénariste d’Hollywood, qui dès le premier contact avec la Ville Lumière, se sent immédiatement plus chez lui qu’il ne l’a jamais été chez lui à Beverly Hills. Il se retrouve rapidement à se poser les mêmes questions que ses idoles : Hemingway, Picasso, Dali… À savoir d’où lui vient cet inassouvi besoin d’écrire le monde comme il le perçoit ou encore pourquoi il est plus heureux avec une égérie des années vingt qu’avec la femme qu’il va épouser, tout comme Rodin qui était plus heureux avec sa maîtresse qu’avec sa femme. En fait si les désirs se perdent dans l’histoire, la réalité les ramène à nous peu importe la temporalité qui nous a vu naître. Moralisateur, certes! Mais il n’est assurément pas vilain de nous le rappeler à l’occasion.

Ce qui est intéressant dans cette idée de comparer les deux films dans une réflexion comme celle ci est de voir Paris prendre vie en même temps (pour la millionième fois de l’histoire du cinéma) mais sous l’oeil de ces deux réalisateurs dont un Français et un Américain. Deux cinéastes différents, deux temps différents, deux récits différents, et pourtant la ville a toujours la même essence et vibre de la même manière avec une subjectivité étonnamment semblable. Malgré le charme fou de ces dames espagnoles (auxquelles on s’attache rapidement) de l’odeur de paella, de flamenco… C’est encore et toujours Paris la mystérieuse qui vole la vedette. Ainsi, qu’on y croise Degas ou Santa Theresa, le décor semble intemporel et immortel.

Peut-être une autre similitude entre les deux films est cette volonté de se laisser envahir par le désir, la capacité de plonger pour chercher à comprendre ce qui se passe réellement. Spinoza ne prétend pas que l’essence même de l’homme soit la recherche du bonheur mais que cette possibilité réside dans cette capacité qu’il a à vouloir en saisir l’essence. « Le désir est l’essence même de l‘homme , c’est à dire l’effort par lequel l’homme s’efforce de préserver dans son être. » Malgré tout, autant chez Allen que chez Le Guay, il y a cette même grande question traitée de manière très spinoziste dans les deux cas : où se trouve le bonheur? Dans quelle dimension du réel doit-on espérer le chercher? Gil est un Étasunien qui s’imagine que le bonheur se trouve dans le Paris pluvieux des années vingt alors que Jean-Louis, le Français, finit par croire que le bonheur se trouve sous le soleil d’une Espagne post Franco. En fait, en y pensant bien, le cœur du bonheur se situerait peut-être à mi-chemin entre le mythe et le fantasme romantique que la peinture, la littérature et le cinéma nous ont inspiré depuis toujours. En fait, dans le « ailleurs », hors du quotidien, dans l’idée même que ce qui est autre est mieux, dans l’absurdité que l’idée de changer de ville peut rendre le bonheur possible et/ou accessible.

L’ironie du cinéma est qu’il nous permet de croire et de voir que dans les deux cas, c’est en choisissant de faire un pas vers leur conception idyllique du bonheur qu’ils le trouveront. Au final, il appert que le bonheur ne se trouve ni à Paris ni en Espagne mais dans la certitude qu’on peut ressentir d’avoir osé faire un pas vers cette idée complètement folle. D’avoir osé quitter l’histoire qui se voulait déjà écrite pour suivre un instinct qui les aura conduit vers un quotidien qui parviendra enfin à leur redonner le sourire. Sans doute que le véritable bonheur est de savoir que peut importe la vie qu’on s’est d’abord esquissée et la route qu’on a suivit jusqu’ici, que la suite n’est jamais véritablement gravée tant qu’on n’a pas pris le risque de la créer soi-même au rythme de ses désirs et de ses passions. Et si la suite se trouvait réellement à Paris…

Marie-France Latreille

Qui aimerait bien vivre dans l’affiche du film de Woody Allen…

 

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Cet article a été publié le dimanche 19 juin 2011 à 13:23 et est classé dans Analyse, Cinéma Américain, Cinéma français, Hommage, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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