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Un tableau de l’improbable, Un homme : Walter (Mel Gibson) au sommet d’une dépression majeure, sa femme :  Meredith (Jodie Foster, également réalisatrice de ce film en sélection officielle lors du dernier festival de Cannes), un fils qui vacille entre surdoué et déséquilibré et une marionnette de castor légèrement défraichie. La table est mise pour un parcours sinueux entre les lignes de la raison et celles de la folie que peut emprunter l’esprit humain.

Traiter de la dépression au cinéma, c’est ouvrir une porte sur une abstraction, car si le sujet n’est pas facile ce n’est pas parce qu’il est mal compris, mais plutôt parce qu’il ne fait pas consensus. Entre déprime chronique, mal être, maladies mentales et dérives psychologiques tous les scénarios n’ont qu’un seul nom : dépression. Dans le complexe du castor, Walter (après des mois d’inaction et une loufoque et vaine tentative de suicide) décide de placer ce qu’il lui reste de vie et/ou de raisons de vivre entre les mains d’une marionnette qui prend la forme d’un castor en peluche. Le principe est simple, créer un intermédiaire entre le monde et lui. Il fait lui-même parler le castor, mais à mesure que la folie s’inscrit profondément en lui, la voix du castor devient la seule voie (voix) possible et du coup Walter cesse d’exister.

Tranquillement et avec une étonnante facilité la famille et l’entourage de Walter (à l’exception de son fils Porter) va intégrer le castor à leur quotidien sans trop se poser de questions. Par déni? Par amour? Par volonté de se croire ouvert et compréhensif, sans doute… Mais, la question reste la même : Est-ce bien que d’encourager l’inacceptable dans le but unique de ne pas froisser de ne pas déstabiliser de ne pas risquer de nouveaux confits? Est-ce la meilleure chose à faire? La meilleure manière d’aider?

Le castor qui ne se voulait au départ qu’une béquille, va prendre le contrôle de sa vie et tranquillement le personnage va s’effacer voir s’oublier. Si le sujet est traité avec humour, il n’en demeure pas moins que le message est clair : une béquille doit rester une béquille et aucune thérapie ou psychologue etc… ne devrait s’octroyer le droit de s’exprimer à notre place. Il est là le danger, de s’oublier à jamais derrière des mots. Si les humains peuvent avoir besoin d’aide  parfois, ce n’est qu’eux-même qui pourront faire en sorte que les choses ne changent avant de sombrer dans une zone de non retour.

C’est une profonde humanité que l’on retrouve dans cette réalisation qui se veut sobre et sans prétention. Des dialogues fort simples, des situations parfois/souvent prévisibles, mais une touche d’humanité rarement présente dans ce type de production.  Le complexe du castor saura rejoindre beaucoup de gens qui ont de près ou de loin été victimes par ces types de détresses humaines et par la facilité que les êtres mal intentionnés (manipulateurs) peuvent avoir à prendre le contrôle de la pensée des personnes en détresses. Critique sociale, débat humain, sentiments partagés et prises de conscience de la facilité avec laquelle les êtres vivants peuvent dériver vers les prémisses de la folie à demi avouée.

Sans être un grand film, l’effort d’essayer d’esquisser le portrait de la détresse sous un angle différent est parfaitement louable et ne peut qu’ouvrir une multitude de portes réflexives et de nouveaux questionnements. Ça semble honnête, bien ancré et la performance de Mel Gibson est remarquable. Par contre, les histoires parallèles au récit, principalement celles du fils Porter (bien qu’on comprenne qu’on ait voulu nous démontrer que le fils vivait difficilement la détresse de son père au risque de sombrer dans une folie similaire) ne mènent nulle part et trop souvent ne viennent que briser les envolées dramatiques sans jamais ne vraiment aboutir. Hélas, ceci rend  le tout malheureusement  boiteux et éparpillé.

L’esprit humain demeura sans doute toujours porteur d’un innommable mystère, d’une force brute et d’un inquiétant déséquilibre. Ne sommes-nous pas tous des équilibristes marchant tous les jours du mieux que l’on peut sur un fil de fer pour éviter de tomber?

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le mercredi 1 juin 2011 à 15:48 et est classé dans Cinéma Américain, Engagement social, Festival, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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