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DVDEF

Alors que son mari se retrouve dans l’impossibilité de gérer la compagnie, (compagnie qu’il hérité à la mort de son père) Suzanne va prendre la direction de l’usine. Elle passera ainsi de potiche qui chante avec les oiseaux pour combler le néant de ses journées à chef des opérations d’une méga entreprise de parapluies dans un univers où les femmes n’ont pas leur mot à dire. Preuve qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre (ou prendre) le contrôle de sa vie.

Dernier film de François Ozon, (8 femmes, Swimming Pool, 5×2, Le Temps Qui Reste, Angel ) Potiche est une comédie succulente, douce et amer qui fait autant sourire que rire aux éclats tout en faisant légèrement grincer des dents et plisser le coin des yeux comme le ferait un bonbon parfaitement acidulé. Il y a ici une volonté de se laisser aller au plaisir avoué de la douce folie, avec des personnages qui frôlent la caricature mais d’une manière parfaitement assumée. Les couleurs sont éclatantes et l’univers panaché où dansent tranquillement les parapluies n’est pas sans rappeler Les parapluies de Cherbourg de Demy avec Catherine Deneuve qui ici encore s’amuse de quelques petites ritournelles. Si le discours féministe est mis à l’avant plan (le récit se découle en 1977 début des grands mouvements et des luttes massives pour l’égalité des sexes) c’est ironiquement de manière très rigolote que le sérieux voire le tragique du discours est dénoncé. La réflexion sur le rôle des femmes dans la société est ainsi exposé de manière très évidente et criante (accentuée d’extraits de types archives qui ne peuvent pas laisser indifférent). Le réalisateur réussit toutefois à ne  jamais tomber dans le piège du discours moralisateur.

On aime cette douce folie qui coule tout au long du film, cette candeur qui se sculpte tant dans les couleurs que dans les mots qui se dessinent presque comme une bande dessinée. Les thématiques sont nombreuses : la place des femmes certes mais aussi, les relations parents/enfants, l’homosexualité à demi avoué, la raison versus les passions, l’infidélité (et l’obsession de sauver les apparences), le courage de choisir les chemins qui sauraient peut-être enfin nous faire choisir la route du bonheur. Le « oser enfin oser » (risquer) pourrait être ici leitmotiv de cet opus anachronique qui ne s’inscrit aucunement dans les grands courants cinématographiques actuels. (Pour notre plus grand plaisir) Oser prendre le risque de quitter un bonheur tranquille, oser prendre le risque de recommencer une nouvelle vie peut importe son âge. C’est d’ailleurs un aspect particulièrement pertinent et bien illustré dans le film, les relations amoureuses entre des personnes plus âgés, sujet qu’on se plait à mettre de côté trop souvent mais qui pourtant fait partie intégrante de la vie quotidienne de tous les êtres humains. Il n’y a pas d’âge pour aimer et vivre de nouvelles passions foudroyantes. Fort heureusement!

Répliques cinglantes, humour noir, Potiche nous transporte ici et là d’un univers fantaisiste à un univers étrangement réel. Entre communisme et capitalisme sauvage, la réflexion se faufile habilement d’un extrême à l’autre, dans une guerre ouverte et délirante qui n’est pas sans rappeler l’univers des Don Camillio de Fernandel. Tout au long du film, un rappel à la comédie musicale est présent, bien que surprenant, la pertinence ne laisse pas de doute alors que chaque extrait de chanson vient apporter un commentaire supplémentaire au propos du film. C’est bien dosé, ça fait sourire et ça octroie au film un niveau supérieur qui saura faire oublier rapidement les longueurs malheureusement trop présentes.

Le plaisir de voir réunit Luchini, Deneuve et Depardieu est immense, et vaut à lui seul le déplacement vers les salles de cinéma. Le jeu de Luchini est formidable, et les scènes où Deneuve fait son jogging dans la nature bercée par les petits instant furtifs de la nature nous plonge au cœur même de l’univers fantastique de la Catherine de Peau d’âne. (Encore Demy) Clin d’oeil certes, mais très bien intégré. Une touche de folie additionnelle qui se trace un chemin dans l’univers absurde de Potiche. Au final, quelques pistes de réflexions demeurent : doit-on rester une potiche toute sa vie ou doit-on prendre le risque de s’envoler vers autre chose, ce qu’on désire, ce qui nous gardera ou nous redonnera la vie? Qu’à t-on à perdre à vouloir essayer autre chose? Peut-on vraiment vivre sans se battre pour les causes auxquels ont croit? Pourquoi ne pas simplement essayer autre chose parfois? Risquer.

Un film à aller « sourire » entres amis, à aller réfléchir, à découvrir, à « s’amuser ». Qu’ils rêvent bien sur mais qu’ils rêvent ensemble également. Mon coup de cœur printanier, une dose de soleil ocre, sucré qu’on doit éviter avant tout de regarder avec des lunettes roses.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le jeudi 19 mai 2011 à 19:54 et est classé dans Cinéma français, Engagement social, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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