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Atypique, ce deuxième film du réalisateur Stéphane Lafleur, arrive à s’inscrire habilement dans cette nouvelle série de films d’auteurs, tout en s’inspirant très librement et d’agréable façon, d’un historique de films d’auteurs québécois découlant du cinéma direct (ou vérité). Film d’hiver et de manières, En terrains connus, nous plonge de plein pied dans un hiver de malaises et d’humour noir dans lequel il fait bon de se retrouver. Par peur ou par crainte de s’y reconnaître certes, mais avant tout par désir de se laisser séduire par ces personnages qui s’inscrivent dans un paradigme, totalement névrosés et terriblement humains dans un même temps.

On nous plonge ici au cœur d’un univers mystérieux, qui oscille entre silences et répliques tranchantes. C’est direct et caustique, on préfère en rire, la salle éclate de rire à de nombreuse reprises d’ailleurs. Pourtant c’est sombre, noir, mais on adore être ainsi confronté à des univers absurdes.  Aussi absurde qu’un souper de famille, aussi absurde qu’une relation père/fils, qu’une relation frère/soeur ou qu’une relation amoureuse construite sur  d’impossibles bases. Absurde comme le quotidien qui vient créer des évènements routiniers et comme ces petits fous rires qui ne peuvent être partagés qu’avec ceux-ci à la fois. Paradoxal mais tellement humain, à en donner des frissons.

Lafleur maîtrise l’art de créer des images fortes, inattendues, percutantes et antinomiques. La beauté des plans et de la direction artistique est à l’opposé de la laideur abyssale de cette ville de banlieue anonyme et morte. L’hiver y règne, c’est froid, ça semble isolé du reste du monde, pourtant, chaque plan, détient en lui toute la chaleur du monde, tout le passé, tout le présent et tout le futur en un même instant. Il y a quelque chose d’Eisenstein dans ça, entre Eisenstein et Gilles Carle (quand on parle d’absurde) et à mesure que le film avance, le troublant devient mythique et on s’y vautre avec un immense plaisir.

Il y a ce couple (Fanny Mallette et Sylvain Marcel) qui semble porter le poids du monde sur ses épaules. Ils se rendent malheureux à cause d’une pelle mécanique qu’ils n’arrivent pas à vendre, celle-ci devient d’ailleurs leur seul sujet de conversation. Il y a le fils/frère  (Francis La Haye) qui vit avec son père (un jeu admirable et désarmant de Michel Daigle) une  relation difficile doublée d’un amour infini du père pour son fils. Mais ces derniers sont simplement incapables de se parler. Le fils entretient également une relation sans émotions avec une mère monoparentale, en ne sachant pas non plus pourquoi il est avec cette femme dans une histoire où l’amour et la complicité sont exclus.

En fait, tout est ici, au cœur même de l’essentiel, dans le manque de communication, dans ces improbables monologues à sens unique que l’on entretient dans sa tête et qui ne sont jamais dévoilés. C’est ce que Benoît explique à sa sœur en lui disant que  parfois on pense qu’on est clair, mais, que dans les faits, on ne dit pas ce que l’on ressent pour vrai et qu’il est faux de croire que les autres peuvent deviner nos intentions, même si on semble mettre tous les indices en évidence. L’ironie est que même ceci, il n’est pas en mesure de lui expliquer pour qu’elle le comprenne, les mots se perdent, s’étiolent, le flou renaît, typique, on ne peut que s’y reconnaître.  Le problème de la communication est tout de même à la base même de toutes les mésententes et de la majorité des conflits amoureux et familiaux. Nous ne sommes qu’humains après tout!

Il y a aussi ce curieux personnage qui prétend arriver du futur et qui met en garde Benoît à propos d’un terrible accident qui semble imminent et qui fera tout chavirer cet équilibre familial déjà intangible. Un peu comme une chance unique que la vie offre afin de se reconstruire une identité, des rêves et de prendre le risque de faire éclater les bases instables sur lesquelles notre vie était construite. En outre d’oser croire qu’on a en nous cette capacité de changer de vie, malgré les habitudes et l’impression de confort rassurante, parfois oppressante qu’on se plaît à vouloir conserver. Par peur de vivre? Par peur du bonheur? Les deux sans doute, mais par crainte « d’oser oser » sans aucun doute!

Finalement il y a la musique, personnage évident, absurde même, qui surprend, déstabilise en amenant sans cesse un commentaire supplémentaire au récit, qui joue avec les mots et les plans pour se créer un univers en soi et une manière de concevoir la trame sonore de la plus belle manière qu’il puisse être, avec cette finale tellement à propos interprétée par Willie Lamothe! La musique voyage, ironise, et perturbe, elle transcende, incarnée, cruelle et magique à la fois, coup de maître de l’improbable, qui flirte avec les possibles.

Parfois on a un hiver difficile… Mais on a besoin que d’un peu de lumière en attendant de voir le printemps fleurir… Car on va avoir un bel été!!

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le dimanche 20 février 2011 à 17:18 et est classé dans Cinéma Québécois, Humeur, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



2 commentaires



    Véronique

    dit (21 février 2011 à 10:19):

    Malheureusement, ce film est vraiment très mal distribué au Québec…

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    dit (21 février 2011 à 10:26):

    […] This post was mentioned on Twitter by Josée Levasseur, Marie-France . Marie-France said: En terrains connus…. Ou la cruauté tranquille du confort indifférent http://bit.ly/eHX64P sur @dvdenfrancais […]

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