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Le dernier film du réalisateur Français René Féret est librement inspiré d’une histoire méconnue de l’histoire de la musique, celle de Maria Anna Walburga Ignatia Mozart dite Nannerl, la sœur aînée du célèbre Wolfgang Amadeus Mozart. Jeune fille au talent remarquable, elle a dû se résigner à vivre dans l’ombre de son jeune frère voire même d’abandonner la musique, pour la simple raison qu’elle a eu la malchance de naître « fille ». Considérée au même titre que son frère, comme étant une enfant prodige, elle a été contrainte, dès son jeune âge se restreindre à jouer du clavecin et à ignorer ses instincts créatifs de composition musicale, car il était mal vu pour une femme de se pervertir en création. Pire encore certains instruments étaient réservés aux hommes, tels que le violon ou l’orgue. Elle accompagne donc sa famille qui sillonne les routes d’Europe allant de cours en château afin de jouer les animaux de cirque, dans le but d’impressionner nobles et gens importants. La rumeur laisse même entendre que les  premiers concertos de Mozart auraient, en réalité,  été composés par sa soeur alors qu’il savait à peine tremper sa plume dans l’encrier et qu’elle devait pallier à cette lacune. Il n’avait que 4 ans, elle en avait 8…

Mais Nannerl, en vieillissant, constate rapidement que son frère a des privilèges auxquels elle n’a pas droit et cherche à comprendre pourquoi tout en réfrénant ses propres instincts et la force intangible de ses désirs non exprimés. Peu à peu Nannerl va prendre conscience que malgré tous ses efforts et tentatives acharnées de faire évoluer les choses en sa faveur, que le système est solidement patrilinéaire et sexiste mais avant tout; discriminatoire. Le personnage de Nannerl, à l’image des Georges Sand de l’histoire, aura marqué la voie à l’ouverture d’une pensée féministe et juste à coup de questionnements pertinents et de travestissements en homme pour avoir le droit d’exister en tant qu’être humain et de pouvoir créer librement.

La réalisation est d’une sobriété étonnante et vient intelligemment contraster avec la facture des films de reconstitutions historiques auxquels on nous a habitué. Conséquemment, le spectateur peut se laisser bercer tout en douceur sans heurt et sans être distrait par une orgie d’opulence à travers les sillons habiles de ce récit méconnu. Toute la place est accordée aux personnages, à travers des séries de gros plans subtils et touchants à la fois. Il y a une beauté à la fois complice et cruelle qui unit les membres de cette famille atypique faisant en sorte qu’au-delà de toutes considérations historiques, on a vraiment envie de croire à  la vérité de ce récit fragile.

Bien que le film ne soit pas sans longueurs évidentes, le travail de Féret est remarquable, posé et tout en subtilités. Il laisse entrevoir une pensée féministe sans la marteler permettant ainsi au spectateur de se forger sa propre opinion sur le sujet. En outre, on ne peut que ressortir de la salle avec une envie d’en discuter et de chercher à découvrir toutes ces femmes de l’histoire du monde qu’on a empêché de s’exprimer, à toutes ces oeuvres, brulées, négligées, jamais considérées, ou simplement jamais extériorisées, jamais concrétisées. Quelle tristesse de voir le jour où Nannerl décide de se résigner, d’abandonner le droit de créer à son frère, le regard vide, soumise, jeter tristement ses partitions dans le feu… De les regarder se consumer et disparaître à jamais sans sentir aucun regret dans son regard blessé, absent. D’ailleurs, à partir de ce jour, elle vivra tristement, mariée contre son gré à un veuf avec de nombreux enfants et morte seule et âgée. Elle n’aurait plus jamais composé de musique, alors que tout créateur sait bien qu’elle a sans doute entendu des harmonies des notes, à elle, dans sa tête tout le long de sa vie…

Un film à voir, pour la superbe réalisation de Féret, pour découvrir cette très belle histoire, mais aussi pour la musique… Enivrante et sublime. Le générique à la fin du film nous apporte toutefois une incroyable et très ironique lueur d’espoir alors qu’on y découvre que la musique du film a été entièrement composée par: Marie-Jeanne Sorrero… Et oui une femme!! Tendre ironie, clin d’oeil d’une élégance inégalable, vent d’optimisme poussant librement sur les cendres d’un triste mythe.

Marie-France Latreille

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Cet article a été publié le mercredi 5 janvier 2011 à 16:33 et est classé dans Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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