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Les_herbes_folles-ee132-1

Dernier film du grand Alain Resnais, Les herbes folles, (une adaptation du livre de Christian Gailly : L’Incident ) est une fois de plus une radiographie révélant toute la profondeur obscure et la folie qui esquissent l’esprit humain. Le réalisateur et monteur accomplit, fidèle à son habitude, le pari de décomposer les multiples couches qui composent l’Homme en tant de complexités contradictoires. Il aime celle-ci ou celle-là? Et celle-ci, elle désire celui-ci ou elle ne le désire pas? Et si les deux pouvaient se jouer dans une même temporalité dans des complicités différentes, dans une même vie, tout en sentiments explosifs et chronologiquement désordonnés… Autant de questionnements qui s’exposent dans ce conte fantaisiste étrangement contemporain et ludique à souhait.

Tout dans le montage est brillant, le ludique flirte avec le classique et le documentaire, rappelant à certains moments les premiers essais de Resnais en pleine période de la nouvelle vague. L’humour et la tragédie se superposent de manière à ce que le réel, le fantasme, le désir, les herbes, la peur, la folie et les passions dansent ensemble à chaque plan. Et les couleurs sont vives, éclatantes, jouissives, même si les personnages, quant à eux, sont sombres, tristes, presque résignés à leur sort longuement fixé dans le temps. En voilà une jolie question, pourquoi tout bouleverser d’une vie somme toute belle? Peut-être pas heureuse certes, mais certainement pas malheureuse. Pourquoi briser la sécurité, la stabilité acquise pour se lancer dans le vide et l’inconnu? C’est à cette question que se trouvent principalement confrontés les personnages de Georges et de Marguerite. Georges semble heureux : une femme merveilleuse, des enfants qui l’aiment… Mais Marguerite est une irruption impressionniste qui vient momentanément teinter sa vie, à coup d’une improbable complicité, de non-dits, d’onirisme et de passions partagés….Oui, tout est immense et surréel, tout nous échappe, tout nous confronte, mais existe-il quelque chose de plus surréel que la vie en elle-même?

La poésie de ce film est évidente, la prose est colorée, la narration est charmante et déjantée. L’amour n’existe plus, ou du moins pas comme on a l’habitude de la tracer (à l’encre indélébile), le désir improbable lui est sublimé, comme le désir est souvent cette petite bête noire qu’on refuse de s’avouer à nous-même. Les herbes folles est un conte cruel, sadique, mais d’une beauté désarmante. Le ton est sans nuance « on meurt à la guerre »; oui la guerre tue, donc pourquoi s’émouvoir devant un vieux film de guerre alors que l’on voit les personnages mourir demande Georges? Et l’amour, si semblable, en meurt-on?

Alors que l’improbable rencontre des rimes sadiques et des hasards tous plus banals les uns que les autres : Chaussure, porte-monnaie… Les décisions vont toutes à l’encontre de la logique, du moins de la logique apparente à laquelle on a l’habitude de se confronter. Peut-être que d’aller à l’encontre de la logique des hommes est la meilleure manière de se faire accuser de folie… Mais peut-être que c’est aussi la seule manière de faire un ou deux pas de plus en direction du bonheur…

Un grand film? Peut-être pas, mais un excellent exemple de toute la magie qu’est capable d’apporter le cinéma, dans toute sa tradition, loin du 3D, loin des effets spéciaux absurdes et des « happy end » … Envie de s’envoler dans le ciel et de s’y perdre, au septième ciel, au septième art… Ou envie de simplement suivre discrètement la silhouette floue de ses désirs…

Marie-France Latreille

*Canicule et cinéma formeront à jamais un couple fantastique…


Cet article a été publié le mercredi 7 juillet 2010 à 18:29 et est classé dans Cinéma français, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



3 commentaires



    fanyflawer

    dit (7 juillet 2010 à 20:10):

    superbe présentation de ce si beau film.
    En te lisant j’ai juste l’impression de le revoir !!! et j’ai envie de le revoir finalement…
    bravo pour le titre j’ai enfin compris 🙂

    CJ1971_Qc

    dit (12 juillet 2010 à 15:45):

    Wow! Tu me donnes VRAIMENT le goût de voir ce film.

    Quel talent d’écriture.

    mflatreille

    dit (12 juillet 2010 à 16:05):

    Merci à vous deux, toujours heureuse de partager mon amour infini pour cet art intangible avec vous!

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