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Samedi soir les membres du Jury du FNC remettaient la Louve d’or de sa 38 ième édition au réalisateur grec Yorgos Lanthimos, pour son excellent film Canine . Cette oeuvre « mordante » (on me pardonnera le jeu de mot) avait déjà remporté le prix du jury: « Un Certain Regard » lors de la dernière édition du festival de Cannes en mai dernier. Objet étrange dans l’univers cinématographique, Canine se situe à la limite entre la fable politique et le film fantastique. Dans cet univers hermétique où le malaise côtoie l’absurde, les personnages dansent entre la vie et l’oubli.

Les trois enfants de cette famille isolée vivent dans une grande maison, bordée d’une clôture haute, et n’ont aucun contact avec le monde extérieur. À l’intérieur de cette métaphore, un univers unique où tous les codes sont réinventés. Un Zombie devient ici une petite fleur jaune et un chat, un animal dangereux, sans pitié et sanguinaire qui se nourrit de chaire humaine. Dans ce monde hors réel, 2 règles importantes; premièrement, un enfant peut quitter le nid familial le jour où sa canine gauche (ou la droite) tombe. Ensuite, la seule manière de pouvoir quitter cette maison est de partir en voiture. Dans les faits, les enfants ne le savent pas, mais ces règles sont leur sentence car ils ignorent que ceci n’arrivera jamais et qu’ils sont par ce fait, condamnés à vivre dans cette prison toute leur vie. Jour après jour on assiste à un spectacle d’une grande cruauté, axé sur les jeux de pouvoir et de domination. Paradoxalement cette notion de malheur n’est présente que dans le regard du spectateur qui souhaiterait imposer sa vision du monde à ces enfants au point de leur en vouloir de ne pas être malheureux de la vie qu’ils mènent, eux qui n’ont jamais connu de la vie que ce qu’on leur en a raconté, que ce qu’ils ont vu. Dans les faits ils mènent une vie de famille complète, entourés de frères et sœurs complices avec qui ils peuvent faire les cents coups et de parents prêt à tout pour le bonheur de leurs enfants…  Mais  à quel point peut-on raconter n’importe quoi aux enfants? À un peuple?

C’est là que les questionnements se multiplient. Peut-on trouver le bonheur sans n’avoir jamais su comment était le reste du monde? Dans quelles limites une société soumise à un régime dictatorial et coupée du monde entier peut évoluer et se créer une vie heureuse? Une conception du monde en vaut-elle une autre? D’un paradigme à l’autre, d’une prise de conscience à une autre, le réalisateur nous entraîne dans les profondeurs nébuleuses de la vie et de l’esprit humain, en questionnant les codes établis. Le tout, orchestré dans une mise en scène d’une très grande cohérence où, de minute en minute, les limites qu’on croyait atteintes se succèdent pour surprendre et déstabiliser un peu plus à chaque instant. Le climat de malaise constant contribue également à provoquer le récepteur en lui donnant l’impression de le regarder droit dans les yeux.

En somme un film d’une belle sensibilité, qui amène une réflexion sur le monde et ses évidences, qui bouleverse l’ordre établi en posant de graves questions et ce, jusqu’à la toute dernière seconde de la projection. Le tout avec une pointe d’humour qui à certains moments permet au spectateur de reprendre son souffle…

Espérons que ce film sera présenté à Montréal sous peu…

Marie-France Latreille


Cet article a été publié le mardi 20 octobre 2009 à 14:41 et est classé dans Cinéma International, Festival, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



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