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Mardi matin 13 janvier.
Ex-Centris délaisse le cinéma
Fini le cinéma à Ex-Centris

En ce mois de janvier, alors que les Québécois en hibernation se sont acclimatés au bruit médiatique ambiant (l’économie va mal, les politiciens font les clowns, l’hiver est froid et enneigé au Québec, etc.), cette nouvelle complètement inattendue leur fond dessus.

Certains comme Helen se disent «#%?(&**&FU%$$%CK».

D’autres, comme Stéphane, se réjouissent. Il a raison quand il dit que «certains seront désolés, la plupart massivement indifférent».

Un ami m’écrit: «On dirait que Citizen Kane a décidé de transformer son terrain de jeu en plate-forme hybride multidisciplinaire (pour les adeptes « arty » du hype multimédia) d’où seront expulsés nuls autres que Fellini et Cassavetes (faut le faire).

Pas grave, on ira projeter des DVD dans le sous-sol du centre d’achat au Parc.

Je me souviens encore des beaux discours il y a 10 ans. Puis le Café Méliès s’est mis à charger 25$ pour un verre d’eau au citron et maintenant on met la clé…

Lieu d’émulsion mon cul..»

Nathalie Petrowski commence son article par une comparaison très boiteuse pour nous partager son optimisme:
«Quand un restaurant ferme en ville, ceux qui travaillent dans ce milieu savent pertinemment que ce n’est pas la fin de la restauration à Montréal. Ils savent que, tôt ou tard, au même endroit ou ailleurs, un nouveau restaurant ouvrira ses portes et reprendra le flambeau.

Dans le milieu de la culture, les gens ne sont malheureusement pas habités par le même optimisme. Dès qu’un établissement culturel ferme ses portes ou change de vocation, la nouvelle est accueillie comme la fin du monde. Ainsi en fut-il pour l’annonce de la fermeture en mars prochain des trois salles de cinéma du complexe Ex-Centris.»

Et quel est le rapport entre la circulation de copies de films dans des salles de cinéma et la cuisine d’un restaurant? Entre une poignée de salles de cinéma et des milliers de restaurants? Aucun rapport. Ça ne me remonte pas le moral une minute.

Je ne partage pas non plus l’enthousiasme de Stéphane. La nouvelle est mauvaise. Elle prouve une fois de plus que le milieu du cinéma de répertoire est toujours fragile, en position de résistance, jamais dans l’abondance et la facilité. Rien ne va de soi. Souvenez-vous bien. Depuis 2004, trois institutions au moins ont été menacées : la Cinémathèque (lire les réactions de l’époque Quel avenir pour la Cinémathèque québécoise? et L’Avenir de la mémoire dans Hors Champ, 2004), le Beaubien et le Cinéma du Parc. Et les clubs vidéos indépendants tenus par des passionnés (comme dans Be Kind Rewind) continuent de s’éteindre un à un, comme en témoigne Yvan sur son blogue. Et maintenant cette nouvelle. Des salles ferment. Le Parallèle doit déménager. Se trouvera-t-il une place? Et le Festival du nouveau cinéma?

On peut aimer ou détester l’Ex-Centris, trouver que l’eau citronnée est trop chère, que la clientèle et le personnel font les suffisants, là n’est pas la question. Chaque cinéma a ses couleurs et son utilité, libre à chacun de choisir lequel lui convient. Mais ces lieux de projection d’un cinéma plus «difficile» étant déjà trop peu nombreux, on rêvait d’en voir un peu plus au Québec. Il faudra encore attendre. Et à ceux qui croient que les autres prendront tout simplement la relève, détrompez-vous.

Odile Tremblay a réuni des réactions des gens du milieu dans l’article Fin de la programmation à Ex-Centris – Onde de choc dans le milieu du cinéma.

-Roland Smith, propriétaire du cinéma du Parc : «Les gens vont avoir moins confiance dans le cinéma artistique. On y perd collectivement».

-Mario Fortin, directeur général du cinéma Beaubien, qui vient de rajouter deux salles à ses trois déjà implantées, il s’attriste de concert: «Je pleure parce que cette décision est regrettable pour Montréal. Il est illusoire de croire que je pourrai rapatrier toutes ces oeuvres orphelines sur mes écrans. Des films seront refoulés, c’est sûr.»

-Armand Lafond, distributeur chez Axia Films : «Daniel Langlois avait les moyens d’encourager un cinéma indépendant. À Ex-Centris, il y avait une âme, un esprit. On perd tout ça. Avant d’acheter des films, il va falloir trouver des écrans disponibles. Certains films seront exportés directement en vidéo et sur le marché de la télévision, sans passer par les salles. Toute la cinématographie indépendante en souffrira.»

-Nicolas Girard-Deltruc, directeur général du Festival du nouveau cinéma, ne sait pas trop si son rendez-vous pourra s’installer à Ex-Centris à l’automne. «On reste en discussion, mais je crains que les salles n’aient plus de sièges et que l’endroit ne convienne plus pour accueillir les festivaliers. Quelle sera sa configuration?»

Je terminerai ce billet en transcrivant ce commentaire éloquent tiré du blogue de Marc-André Lussier. L’internaute fait le tour des options qui s’offrent à nous.

raph1001

Le Mercredi 14 Janvier 2009

Je ne crois pas que le Cinéma du parc et le cinéma Beaubien, même avec ses deux nouvelles salles réussissent à pallier l’absence de l’Ex-centris. Je ne dis pas cela pour dénigrer les autres cinémas, mais l’Ex-centris offre une expérience hors du commun dont on peut fièrement vanter les vertus. Il s’agit à mon sens d’une sorte de temple du cinéma où les œuvres présentées ainsi que le public sont traités avec respect diligence. Confort inégalé, silence religieux, respect impeccable des autres spectateurs, prix abordable, qualité de la programmation et irréprochables compétences techniques des projections (les projections ne sont pas automatisées). Certes, dix établissements comme celui-ci dans une ville seraient peut-être trop, mais un seul, c’est bien la moindre des choses !

Depuis que le Cinéma du Parc fut racheté par M. Smith, l’établissement a perdu une partie de son lustre et de son charme, particulièrement au niveau technique. Maintenant, au Cinéma du parc, on propose d’affreuses projections “numériques”… Vous vous rappelez le spécial 39 palmes d’or ? On ose nous projeter ces films en betacam ! C’est de la résolution standard… sur un écran géant ! Imaginez The Cranes are Flying téléchargé sur une bébelle de serveur et projeter en définition standard… Lorsque qu’un carré gris foncé s’affiche sur l’écran (qui sera donc le niveau de noir pour le film…) au début de la projection, ça regarde mal. Si au moins c’était du DCP… Bref, sinon, le son est souvent trop faible et le confort n’y est pas trop. Au moins, avant que M. Smith ne prenne le contrôle, on avait droit à de vieux films cultes et tels que Eraserhead, les films de Jodorowski,, les premiers Polanski et d’autres savoureuses étrangetés sur une base régulière. Même si les copies étaient vielles et abîmées, on s’en foutait, cela pouvait même contribuer au charme. Mais maintenant, tout cela a changé… Je continue malgré tout d’y aller parfois, mais en songeant au bon vieux temps.

Pour le Beaubien, que je côtois aussi assez souvent, sa programmation est loin d’être aussi aventureuse que celle de l’ex-centris (qui, c’est vrai, se retenait un peu ces derniers temps). Sa vocation semble plus axée sur les films francophones (et surtout québécois, ce qui est une très bonne chose) mais ce n’est pas là qu’on va pouvoir voir des films comme Import / Export, Hunger, Three Monkey, I Served the King of England ou Une nuit de chien. Peut-être que cela va changer un peu avec les nouvelles salles, mais pour le moment, ni le Beaubien, ni le Cinéma du Parc ne vont pouvoir remplacer l’ex-centris. Ni dans le contenant, ni dans le contenu.

Pour ce qui est du Quartier latin et du AMC, c’est bien qu’ils projettent un peu de cinéma indépendant, mais la simple expérience d’entrée dans ces établissements est chaque fois traumatisante et frustrante. Comment une personne qui fréquente régulièrement ces salles peut-elle se dire cinéphile ? Hé ! Des gens continuent d’entrer 30 minutes après le début de la projection ! Et cela avec toute la famille, chacun un gros popcorn à la main cherchant en vain des places dans le noir comme s’ils étaient seuls dans leur salon !! Sans compter que d’y acheter un billet, c’est aussi, en un sens, endosser ce mode de diffusion du cinéma. Mais bon, passons…

Pour toutes ces raisons, l’Ex-centris offre une expérience totale. C’est un endroit où l’on peut se sentir respecté en tant que cinéphile. Cela est un peu inquiétant quand on en est rendu à dire des choses comme ça. Mais oui, je l’avoue, parfois je me surprends à me sentir menacé en tant que cinéphile. C’est un peu comme si un fervent chrétien apprenait que la dernière église de la ville allait être fermée et qu’il ne lui reste plus que quelques petites chapelles payantes enfouies au cœur des centres commerciaux pour pratiquer son culte. Et cela, entre deux “pseudo-chrétiens » agenouillés sirotant une grosse liqueur.

Après le mois de mars, j’imagine qu’une passe de deux ans à la cinémathèque risque de m’être profitable… !

Antoine Godin


Cet article a été publié le mercredi 14 janvier 2009 à 16:41 et est classé dans Cinéma Québécois, Général, Mon Grain De Sel. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



2 commentaires



    sinema izle

    dit (23 août 2009 à 7:42):

    chacun un gros popcorn à la main cherchant en vain des places dans le noir comme s’ils étaient seuls dans leur salon !! Sans compter que d’y acheter un billet, c’est aussi, en un sens, endosser ce mode de diffusion du cinéma. Mais bon, passons…

    videolar

    dit (4 septembre 2009 à 8:49):

    Pour le Beaubien, que je côtois aussi assez souvent, sa programmation est loin d’être aussi aventureuse que celle de l’ex-centris (qui, c’est vrai, se retenait un peu ces derniers temps). =)

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